Assiette promenade dans la nature

Fleurs (soucis, pensées sauvages) et Feuilles (pissenlit, bettes, salade, chou, ail des ours). Œuf tiède.

Entretien avec Cyrille Couvenant, avril 2020.

Depuis bientôt 40 jours, tu es passé à une alimentation 100% crue. Le Crapaud voudrait te poser quelques questions sur cette expérience. C’est parti !

Tout d’abord, j’aimerais savoir d’où t’est venue cette idée de te nourrir de cru, c’est à dire de manger les aliments sans les faire cuire.

A l’origine, ce sont sans doute des lectures et des témoignages qui ont fait écho en moi et qui m’ont motivé. Ma première lecture dans ce sens fut Alimentation Santé Planète de Jean Briffaut en 2010. Ce fut une lecture fulgurante. Tant d’idées reçues remises en question, tant d’aspects de mon mode de vie questionnés… J’ai ressenti toute la sincérité et la justesse dans les propos de cet auteur mais en même temps, à ce moment-là, je peinais à accepter une idée aussi forte. Depuis 2011, d’autres rencontres, d’autres livres sont venus me faire comprendre qu’il y avait là une grande vérité. Et voilà comment aujourd’hui, je fais l’expérience de cette conviction théorique : l’alimentation vivante est une panacée pour l’espèce humaine.

Je te demanderai tout à l’heure quelques références précises mais je voudrais d’abord comprendre : toi, que recherches-tu avec cette expérience ?

Eh bien, j’ai l’ambition de reprendre une activité sportive/physique soutenue, et pourquoi pas de réaliser un trail dans l’année. J’ai 47 ans et je n’ai encore jamais tenté cette expérience. J’ai déjà lu de très nombreux témoignages de guérisons ou d’amélioration de santé spectaculaires qui ont pu se produire avec un changement radical d’alimentation orienté vers le cru. En ce qui me concerne, j’ai l’intuition que cela va m’aider à réaliser mon projet en m’apportant plus de vitalité nécessaire tant en situation d’effort qu’en récupération.

On va suivre tout ça avec curiosité ! Mais j’ai hâte de savoir comment cela se passe concrètement, au quotidien. Peux-tu me dire avec précision ce que tu manges ?

Alors… ce qui me séduit c’est de manger cru comme le faisaient nos ancêtres cueilleurs. C’est d’eux que nous tenons notre physiologie, il faut le savoir. Ce sont eux qui m’inspirent. Je privilégie les végétaux : les graines, les racines, les fruits, les plantes sauvages, les fruits frais et séchés. Mais j’accepte aussi les protéines animales si l’opportunité se présente.

De la viande, du poisson, des oeufs ?

Oui, en cru ou en séché, mais cela reste exceptionnel.

Concrètement, ça donne quoi comme repas ?

C’est surtout déterminé par ce que me proposent le potager et les promenades dans la nature. En ce moment, c’est beaucoup de chou-fleur, des bettes, les derniers panais, de l’ail des ours, des asperges, des orties, les premières salades, du pissenlit, du plantain…

Mais alors, ça se passe comment ? Tu vas avec ton petit couteau dans le potager ou dans la forêt et tu broutes des feuilles de bettes ? Tu grignotes des chou-fleurs sur place ?

Non-non. Je ramasse, je lave et, souvent, je coupe assez finement. Les feuilles tendres de bette coupées en mille-feuille sont délicieuses avec des noisettes. Le chou-fleur tout fin donne u taboulé cru extra. Etre autres !

Les asperges, tu les manges crues ?

Les asperges, c’est tellement exquis quand c’est cru : croquant, juteux, fin, frais… Elles sont parfaites pour être consommées telles quelles. Sinon, j’assaisonne encore beaucoup. Je rajoute de l’ail, des échalotes, du persil, du raifort, du tamari, de l’huile… Sans doute qu’en avançant dans la démarche j’assaisonnerai moins mais pour le moment j’aime encore beaucoup les assaisonnements.

L’huile, donc, ça va ?

L’huile de première pression à froid, ça va très bien.

Qu’est-ce que tu as retiré d’autre par rapport à ton alimentation normale ?

Ce que j’ai vraiment mis de côté ce sont les pâtes, les céréales, les légumineuses, le pain, les sauces cuites, les viandes et poissons cuits et les laitages. Et puis aussi l’alcool, le thé, le café et le sucre pour ne pas perdre en vitalité.

Justement, je voulais te demander ce que ton corps ressentait avec ce changement d’alimentation.

De la légèreté avant tout. Côté poids, j’ai perdu un ou deux kilos, ce qui n’est pas beaucoup, tant mieux. Quand je jeûne, je perds plutôt 1 kg par jour donc ici c’est tout à fait correct et mon poids maintenant semble stable. Ensuite, j’ai gagné un excellent sommeil. Et sans doute plus d’énergie. La journée, j’ai moins de coups de barre. Avant ce régime – il faut savoir que je me lève à 5 heures et que j’ai une activité assez soutenue – je prenais deux temps dans la journée pour m’allonger. Cela me permettait de me reposer ou me relaxer quelques minutes, après le repas de midi et en début de soirée. Avec ce type d’alimentation, je n’en ai pas forcément besoin alors qu’avant je tombais littéralement. Je ne m’empêche pas pour autant de continuer à faire ces pauses-repos que j’adore !

Est-ce qu’il y a de la frustration ?

De temps en temps, je suis tenté par l’idée de manger de bons fromages affinés, bien savoureux. Mais il y a tellement de produits délicieux que l’on peut consommer crus que la tentation est assez vite effacée.

De bons produits frais non transformés, c’est délicieux, bien sûr mais est-ce que c’est possible de se faire de bons petits plats crus ? Des plats gourmands ?

Des préparations crusinées, oui, bien sûr, il y a beaucoup de possibilités et beaucoup de recettes. Ce n’est pas l’idée directrice de cette expérience puisque j’essaie de consommer des aliments très peu transformés et très peu mélangés. Je vise la simplicité. Mais il y a des recettes exquises.

Par exemple ?

Il faut demander à Valérie (rire) qui est peut-être encore plus gourmande que moi et qui invente par exemple des crèmes… à tomber ! Banane-avocat-datte ou bien cacao cru-avocat-crème de coco-datte ou d’autres choses comme ça. J’ai un penchant maintenant pour les crèmes à base de courge musquée crue. D’ailleurs on va en planter tout plein cette année. C’est possible de copier un peu la gastronomie qui nous a façonnés et on y arrive très bien.

Et le mental ?

Le mental, ça va. Sans doute parce que cela fait très longtemps que je me suis préparé. Je suis prêt. Oui, à voir le plaisir avec lequel je vis cela, je me rends compte que je suis prêt. Ce genre d’expérience, il ne faut sans doute pas la tenter du jour au lendemain. Maintenant, je me rends compte que le cru nous aide à aller au bout de nos projets. Il me rends déterminé.

Est-ce que tu as l’impression que cela t’aide dans la méditation ?

Je me sens plus ancré, plus déterminé, plus clair. Et les prânâyâmas par exemple sont plus faciles et plus efficaces parce que je respire mieux.

Et les sensations ?

Elles sont plus affutées, plus précises. Je crois qu’il y a davantage d’acuité.

Est-ce que tu penses repasser à une alimentation cru/cuit après ?

C’est la question que je me pose ces jours-ci. Je sens que je ne suis pas au bout de mon expérience. En fait, il faut du temps pour que ce changement s’intègre dans le corps et je sens que mon corps a encore besoin de temps. Il n’a pas encore tout à fait compris ce qui lui arrivait.
Mais avec la fin du confinement, il va y avoir la question des repas avec les amis et la famille. Je ne sais pas encore comment je vais me positionner. Ce qui est certain c’est que mon alimentation au quotidien va s’organiser autour de produits vivants. Est-ce que cela sera 100% cru ou non, je ne sais pas. Mais je me rends compte que toute notre vie, avec Valérie, a évolué pour faciliter une évolution dans ce sens : la plantation d’un verger il y a quelques années puis la forêt nourricière qu’on vient de démarrer, la restauration de vieux arbres fruitiers, le potager agrandi, tout cela va nous donner de plus en plus de beaux végétaux sur notre lieu de vie et ça va être un bonheur croissant. Je sais que c’est mon chemin.

Alors… Bonne route !

 

1 – Ceux qui m’ont inspirés:
-Le magazine, les interviews et le site internet du Chou Brave. www.lechoubrave.fr Les rédacteurs des articles, presque tous bénévoles, défendent l’idée du cru avec enthousiasme, élégance et une conviction communicative. Ils sont géniaux, je les adore !

-Irène Grosjean, ses nombreuses interviews et son livre « La vie en abondance ».

-Damien Artéro, journaliste et producteur de documentaires qui promeut un « certain » art de vivre au naturel.

-Florian Gomet, Bourguigon comme moi, qui a réalisé des exploit sportifs époustouflants en jeunant, et avec une hygiène de vie au quotidien 100% alimentation vivante.

2 – Les exercices de prânâyâma sont des exercices yogiques pour prendre conscience de sa respiration et apprendre à la contrôler.